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Rencontre avec Hippolyte - Festival de Saint Malo octobre 2004

Saint Malo... ses remparts, son port, ses bateaux, ses crêperies... et son festival de BD. C'est notre première visite à ce festival qui fêtait pourtant sa 24ème édition. Le festival semble très influencé par Angoulème: succès, argent, rentabilité... au milieu des dessinateurs regroupés par éditeur émerge un grand album de la collection carrément avec inscrit sur la couverture DRACULA, d'après le roman de Bram Stocker. Génial quelques semaines après avoir mis en ligne le dossier "littérature et bande dessinée" pour Lire En Fête, on avait face à nous un auteur qui s'était livré à cet excercice, traduire un roman en language bande dessinée. Petite discussion au cours de la traditionnelle dédicace, Hippolyte, très gentiment, accepte de nous accorder du temps et de répondre à nos questions. C'est parti, on traverse la foule direction "dehors" et on s'installe sur le bateau des auteurs (rien que ça!!).


Tout d'abord pour te connaitre un peu mieux, peux-tu nous parler de ton parcours , tes débuts ?

J'ai publié mon premier album "Monsieur Paul" chez Alain Beaulet en 2001. Tout est parti de notre rencontre à Angoulême. J'y étais allé pour avoir des avis sur mes travaux sur les stands des éditeurs qui m'ont tous jeté. Sauf chez Beaulet où mon style a plu et on m'a donné carte blanche et le temps que je voulais pour réaliser ce premier album. Du coup, je l'ai réalisé en six mois ! C'est une très bonne carte de visite car Alain Beaulet est très bien vu par la profession. Dracula, ma seconde BD est parue en 2003. Entre temps j'ai fait de l'illustration jeunesse chez Nathan et du dessin de presse pour le Nouvel Observateur et Le Monde.

L'illustration semble faire vivre de nombreux dessinateurs. Comment cela se passe-t-il ?

L'illustration paie mieux que le dessin de presse mais il y a beaucoup plus de contraintes. Au Nouvel Obs', j'illustre des faits divers et le dessin est axé sur le texte ce qui laisse peu de liberté. Cela paie bien par rapport à la quantité de travail mais on cartonne pendant trois ans après quoi il faut changer de style se renouveler.

Pourquoi Dracula pour ton retour à la BD ?
J'avais beaucoup de contraintes dans la littérature jeunesse où les éditeurs sont frileux. Par exemple, on ne peut pas montrer les dents même si les enfants adorent cela. Ce sont tout de même les parents qui achètent alors…Dracula était un prétexte pour faire de la BD et montrer les images que j'avais en tête. Par ailleurs, je ne me sentais pas encore capable d'écrire un scénario et puis j'aime travailler seul.

Ton projet a-t-il séduit facilement les éditeurs?
J'avais fait trois planches avant d'avoir fini la lecture du roman pour les présenter à Angoulême. Casterman était partant parce qu'ils avaient déjà fait le Dr. Jekyll et Mr Hyde de Mattoti et Frankenstein. Mis mon agent a fait passer, sans me le dire, les planches à Gélant qui m'a tout de suite fait une proposition. Et comme Casterman ne m'a jamais rappelé, j'ai signé deux semaines après avoir commencé à travailler. C'est une chance ! Glénat n'avait pas beaucoup de jeunes auteurs et cherchait à se constituer une vitrine de prestige.

Avais tu dès le début la volonté de faire une adaptation fidèle?
J'ai été surpris par la qualité du roman. J'ai donc opté pour une adaptation très fidèle, presque littérale. Du point de vue du dessin, j'ai utilisé la technique de la carte à gratter pour créer une atmosphère ainsi que pour une absence presque totale de décor. Je ne montre presque rien pour accentuer l'ambiance nocturne. Comme dans le roman, on ne voit presque pas Dracula mais il est toujours là, on sent toujours sa présence. Il faut le chercher dans des images cachées. J'ai d'ailleurs été pris à mon propre jeu et certaines de ces images ont été réalisées involontairement. Par exemple, dans le second tome, si on inverse la planche où l'on voit Lucie porter le bébé, une gueule de loup apparaît.

Certains passages ne comportent que du texte. Est-ce un parti pris ?
J'aurai aimé faire la première page du journal en BD mais cela m'aurait pris trop de place étant donnée les 54 pages dont je disposais. C'est donc en raison à la fois d'une contrainte technique et de la possibilité de faire un pont avec le livre. J'ai aussi réécris des dialogues qui auraient été trop pompeux dans le cadre d'une BD. Et puis il a fallut opérer des modifications dans l'ordre des séquences, remonter le roman et les allers-retours entre les journaux. Par exemple, Reinfield n'apparaît que dans le second tome alors qu'il aurait dû apparaître dès le premier si j'avais respecté la chronologie. Du coup, je suis aussi passé outre le passage où l'aliéné mange des d'insectes, puis un chat. J'aurai adoré le dessiner mais cela aurait été trop long en BD.



Tu as donc adapté ta narration au format. Pourtant d'autres collections offrent plus de libertés pour faire de longues histoires
Ecritures de Casterman aurait été parfaite de ce point de vue mais je n'aurai pas pu restituer la même atmosphère. Initialement je devais publier ce Dracula en trois tomes dans la collection loge noire mais finalement Jacques Glénat trouvait que la collection Carrement était plus adapté. Donc j'ai du la réecrire en deux tomes, cela se sent à la fin du premier tome où le récit s'accélère. Mais j'ai bien aimé ce format, pour ma première BD, je voulais faire de l'épate visuelle sans trop me soucier de la narration. Pour le reste, j'ai tout de même appris qu'il faut sacrifier le dessin pour raconter une histoire. Mon premier projet consistait à adapter un journal intime par tome où toute l'histoire aurait été racontée chaque fois. Il y aurait eu celui de Jonathan, celui de Mina et celui de Dracula que j'aurai écrit. Mais l'éditeur n'a pas voulu craignant que cela se perde dans le flot des sorties. Il y a dix ans, cela aurait été possible.

Comment s'est passé la construction de l'album? As-tu fait beaucoup de recherches ?
Je travaille sans crayonnés, ni recherches sur les costumes. Le tome de Dracula était plus de l'illustration que de la BD en dépit de l'atmosphère qui s'en dégage. Pour Dracula, j'ai lu le roman une première fois pour le connaître, puis une seconde en prenant des notes et une troisième encore. Ensuite, je m'en suis détaché pour me l'approprier et je ne l'ai repris qu'à la fin pour les dialogues. L'écriture visuelle ressemble au découpage d'un film mais il faut penser en terme de pages. Il y a beaucoup de contraintes en BD : la fin d'un album ne doit pas être trop pompeuse par exemple.

Y-a-t-il des droits d'auteurs pour adapter Dracula?
Pas de droits d'auteurs sur le roman qui est dans le domaine public, mais sur la traduction. En revanche j'ai abandonné l'un de mes premiers projets parce que la famille de Brecht demandait des droits exorbitants. Je voulais adapter ses poèmes de guerre qui n'avait en plus jamais été traduits.

Souvent des problèmes avec les ayants droits…
Oui. D'ailleurs la femme de Stoker était parvenue à brûler des bobines du film de Murnau. C'est le seul que je n'ai pas revu, sinon j'ai visionné tous les films de la Hammer et le Bal des Vampires de Polanski, mon préféré.

Les vampires, sujet à la mode au cinéma, en BD...

Il doit y avoir 250 films de vampires et il en sort 20 par an aux USA. En BD Breccia en a fait une adaptation très libre et très symbolique sur la dictature argentine. Druillet a fait Nosferatu. Celle de Ferrandez était très précise, mais en un seul tome très très serré. C'est le même scénario que mon adaptation mais aucune case n'est pareille.



Quels sont tes projets pour l'avenir ?
Ce sera une adaptation de Stevenson, le maître de Ballantrae, à mi-chemin entre l'île au Trésor - on y retrouve des personnages - et Dr. Jekyll et Mr Hyde. Une série en 4 ou 5 tomes en aquarelle pour laquelle j'ai déjà fait 5 planches. J'ai refusé une proposition pour l'île au trésor, en carte à gratter, dans le cadre de la création d'une collection spéciale adaptation car j'aurais été trop formaté. J'ai aussi un autre projet avec un scénariste qui m'a donné le script de son premier long métrage à dessiner pendant qu'il se consacre au court métrage. Ce sera une sorte de story board mais avec les moyens supplémentaires de la BD.



Merci à Hippolyte pour sa disponibilité, sa gentillesse et son talent!
Plongez vous dans DRACULA sans attendre!!!
Pour plus d'info sur Hippolyte allez lui rendre visite:
http://www.hippolyteartwork.com




Propos receuillis par Eric et Sébastien


 

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